Le christianisme, religion la plus répandue au monde avec plus de 2,4 milliards de fidèles, se divise en plusieurs confessions majeures. Parmi elles, l’orthodoxie représente la troisième branche du christianisme après le catholicisme et le protestantisme. Comprendre les nuances entre ces confessions chrétiennes nécessite une exploration approfondie de leurs origines historiques, leurs structures théologiques et leurs pratiques liturgiques distinctives . Cette distinction revêt une importance particulière dans notre monde contemporain où les questions d’identité religieuse et de dialogue œcuménique occupent une place centrale dans les débats sociétaux.

L’Église orthodoxe, forte de ses 260 millions de fidèles répartis principalement en Europe de l’Est, au Moyen-Orient et dans les Balkans, revendique une continuité ininterrompue avec l’Église primitive fondée par les apôtres. Cette affirmation constitue l’un des piliers de son identité théologique et explique en grande partie les divergences profondes qui la séparent des autres confessions chrétiennes, notamment du catholicisme romain.

Origines historiques et schisme de 1054 entre orient et occident

L’histoire de la séparation entre les Églises d’Orient et d’Occident trouve ses racines dans la division géopolitique de l’Empire romain au IVe siècle. Cette fracture administrative entre l’Empire romain d’Orient, centré sur Constantinople et imprégné de culture grecque, et l’Empire romain d’Occident, dominé par Rome et sa culture latine, allait progressivement influencer l’organisation ecclésiastique. Initialement, l’Église chrétienne demeurait unie sous le système de la Pentarchie, qui reconnaissait cinq patriarcats principaux : Rome, Constantinople, Alexandrie, Antioche et Jérusalem.

Les premiers signes de tensions apparaissent dès le VIe siècle, lorsque les différences culturelles et linguistiques commencent à se cristalliser en divergences théologiques. La langue grecque prédomine en Orient tandis que le latin s’impose en Occident , créant progressivement des traditions liturgiques et théologiques distinctes. Cette évolution parallèle mais divergente des deux aires chrétiennes prépare le terrain aux conflits majeurs qui éclateront au XIe siècle.

Grande schisme de michel ier cérulaire et du cardinal humbert

L’année 1054 marque un tournant décisif dans l’histoire du christianisme avec le Grand Schisme d’Orient. Les protagonistes de cette rupture historique sont Michel Ier Cérulaire, patriarche de Constantinople, et le cardinal Humbert de Moyenmoutier, légat papal. Le conflit atteint son paroxysme le 16 juillet 1054, lorsque le cardinal Humbert dépose sur l’autel de la basilique Sainte-Sophie une bulle d’excommunication visant le patriarche et ses collaborateurs. Cette action symbolique déclenche une réaction en chaîne qui aboutit à l’excommunication mutuelle des deux dignitaires religieux .

Cet épisode dramatique ne constitue cependant que la partie visible d’un iceberg de tensions accumulées. Les rivalités politiques entre l’Empire byzantin et les États pontificaux, les ambitions territoriales des Normands en Italie du Sud, et les différences croissantes en matière de pratiques liturgiques alimentent cette crise. Il faut toutefois noter que l’impact immédiat de ce schisme reste limité dans la pratique quotidienne des fidèles, la rupture définitive ne se concrétisant véritablement qu’avec la quatrième croisade de 1204.

Querelle du filioque et procession du Saint-Esprit

La controverse du Filioque représente l’une des divergences théologiques les plus profondes entre Orient et Occident. Cette querelle porte sur la procession du Saint-Esprit au sein de la Trinité. L’Église orientale, fidèle au Credo de Nicée-Constantinople, affirme que le Saint-Esprit procède du Père seul, conformément aux paroles du Christ rapportées dans l’Évangile de Jean. À l’inverse, l’Église occidentale soutient que le Saint-Esprit procède du Père et du Fils (Filioque en latin), ajout introduit dans le Credo au VIe siècle et officialisé par Charlemagne au VIIIe siècle.

Cette différence, qui peut paraître technique au profane, touche au cœur de la doctrine trinitaire et révèle des conceptions théologiques fondamentalement différentes. Pour les orthodoxes, l’ajout du Filioque modifie l’équilibre des relations intra-trinitaires et accorde un rôle excessif au Fils au détriment du Saint-Esprit. Cette position théologique s’appuie sur une tradition patristique grecque riche, notamment les écrits de saint Jean Chrysostome et des Pères cappadociens.

Divergences sur la primauté pontificale et l’autorité patriarcale

La question de l’autorité ecclésiastique constitue le second pilier du conflit entre Orient et Occident. L’Église romaine développe progressivement la théorie de la primauté pontificale, fondée sur la succession apostolique de Pierre et l’interprétation du Tu es Petrus évangélique. Cette doctrine culmine avec la proclamation de l’infaillibilité pontificale au concile Vatican I en 1870, mais ses fondements remontent aux premiers siècles du christianisme.

L’Église orthodoxe rejette catégoriquement cette conception centralisée de l’autorité. Elle maintient le principe de la collégialité épiscopale, héritée de la tradition des premiers siècles chrétiens. Dans cette perspective, le pape n’est reconnu que comme « premier parmi ses égaux » (primus inter pares), avec une primauté d’honneur mais sans juridiction universelle . Cette différence fondamentale d’ecclésiologie explique les structures organisationnelles distinctes qui caractérisent aujourd’hui ces deux confessions chrétiennes.

Conciles œcuméniques reconnus par chaque confession

La reconnaissance des conciles œcuméniques constitue un marqueur distinctif entre les confessions chrétiennes. L’Église orthodoxe, fidèle à son appellation d' »Église des sept conciles », ne reconnaît que les sept premiers conciles œcuméniques, de Nicée I (325) à Nicée II (787). Cette limitation reflète sa conviction que l’unité de l’Église s’est brisée avec le schisme de 1054, rendant impossible la convocation de nouveaux conciles véritablement œcuméniques.

L’Église catholique romaine, quant à elle, reconnaît vingt et un conciles œcuméniques, le dernier en date étant Vatican II (1962-1965). Cette différence d’approche révèle des conceptions ecclésiologiques diamétralement opposées. Pour les orthodoxes, seuls les conciles de l’Église indivise possèdent une autorité universelle, tandis que les catholiques considèrent que l’autorité pontificale garantit l’œcuménicité des conciles postérieurs au schisme. Cette divergence influence directement les développements doctrinaux respectifs de chaque confession.

Structures ecclésiastiques et gouvernance religieuse

Les modalités de gouvernance ecclésiastique révèlent des philosophies organisationnelles radicalement différentes entre orthodoxie et catholicisme. Ces distinctions structurelles ne se limitent pas à de simples questions administratives mais reflètent des théologies ecclésiologiques divergentes qui influencent l’ensemble de la vie religieuse. La compréhension de ces mécanismes de gouvernance s’avère essentielle pour saisir les spécificités de chaque tradition chrétienne.

Système patriarcal orthodoxe et autocéphalie des églises

L’orthodoxie s’organise selon un modèle décentralisé fondé sur l’autocéphalie, principe qui accorde une indépendance administrative complète à chaque Église orthodoxe nationale ou régionale. Cette structure permet l’existence de quatorze Églises orthodoxes autocéphales reconnues, chacune dirigée par un patriarche, un archevêque ou un métropolite. Le système autocéphale garantit l’adaptation culturelle et linguistique du christianisme orthodoxe aux spécificités locales , tout en préservant l’unité doctrinale fondamentale.

Cette organisation décentralisée trouve ses origines dans la tradition des premiers siècles chrétiens, où chaque communauté locale jouissait d’une large autonomie sous l’autorité de son évêque. Le patriarche œcuménique de Constantinople conserve une « primauté d’honneur » parmi ses pairs, mais cette préséance reste symbolique et ne confère aucun pouvoir juridictionnel direct sur les autres Églises autocéphales. Cette structure collégiale permet une prise de décision consensuelle lors des grands synodes pan-orthodoxes.

Hiérarchie catholique romaine et centralisation vaticane

L’Église catholique romaine présente un modèle organisationnel diamétralement opposé, caractérisé par une centralisation poussée autour de la figure pontificale. Cette structure pyramidale place le pape au sommet de la hiérarchie ecclésiastique, en tant que successeur de Pierre et vicaire du Christ sur terre. Cette organisation centralisée assure une unité disciplinaire et doctrinale remarquable à travers l’ensemble du monde catholique , mais suscite parfois des tensions avec les Églises orientales catholiques qui aspirent à davantage d’autonomie.

La Curie romaine, administration centrale de l’Église catholique, exerce un contrôle étroit sur les nominations épiscopales, la formulation doctrinale et les orientations pastorales mondiales. Cette centralisation s’est particulièrement renforcée depuis le concile Vatican I et la proclamation de l’infaillibilité pontificale. Le Code de droit canonique, régulièrement mis à jour, codifie cette organisation hiérarchique et garantit l’uniformité des pratiques ecclésiastiques à l’échelle planétaire.

Ordination sacerdotale et célibat ecclésiastique

Les règles relatives au célibat ecclésiastique constituent l’une des différences les plus visibles entre orthodoxie et catholicisme. Dans l’Église orthodoxe, les prêtres peuvent se marier, mais uniquement avant leur ordination. Cette tradition, héritée des pratiques de l’Église primitive, reconnaît la valeur du mariage comme vocation compatible avec le sacerdoce. Les épouses de prêtres orthodoxes, appelées « presbytères » ou « matouchkas », jouent souvent un rôle actif dans la vie paroissiale . Cependant, seuls les évêques sont tenus au célibat, généralement choisis parmi les moines.

L’Église catholique romaine impose le célibat à tous ses clercs majeurs depuis le XIe siècle, considérant cette discipline comme un témoignage de disponibilité totale au service divin. Cette règle, codifiée lors des réformes grégoriennes, vise à éviter les problèmes d’hérédité des bénéfices ecclésiastiques et à garantir l’indépendance spirituelle du clergé. Il convient de noter que les Églises orientales catholiques conservent leur tradition du clergé marié, créant une situation particulière au sein du catholicisme mondial.

Rôle des conciles locaux versus magistère pontifical

La définition et l’interprétation de la doctrine révèlent des mécanismes décisionnels fondamentalement différents. L’orthodoxie privilégie la conciliarité, considérant que l’autorité doctrinale réside dans l’ensemble du corps épiscopal réuni en concile. Cette approche collégiale garantit qu’aucune innovation doctrinale ne puisse être imposée sans consensus général de l’épiscopat orthodoxe. Le principe de « réception » joue un rôle crucial : une décision conciliaire n’acquiert sa pleine autorité qu’après acceptation par l’ensemble du peuple chrétien .

Le catholicisme romain développe le concept de magistère pontifical, qui accorde au pape l’autorité de définir ex cathedra les vérités de foi. Cette prérogative, formalisée lors du concile Vatican I, permet une adaptation doctrinale plus rapide aux défis contemporains. Le magistère ordinaire, exercé quotidiennement par le pape et les évêques en communion avec lui, complète ce dispositif d’autorité doctrinale. Cette différence d’approche explique pourquoi certains développements doctrinaux catholiques, comme les dogmes mariaux, ne sont pas reconnus par l’orthodoxie.

Différences théologiques fondamentales

Au-delà des questions organisationnelles, orthodoxie et catholicisme divergent sur plusieurs points théologiques substantiels qui façonnent leurs approches respectives de la spiritualité chrétienne. Ces différences ne se limitent pas à des nuances académiques mais influencent profondément la vie spirituelle des fidèles et leur compréhension du mystère divin. L’examen de ces divergences théologiques permet de comprendre pourquoi certaines tentatives de réunification ont échoué au cours des siècles.

La conception orthodoxe de la déification (théosis) illustre parfaitement ces spécificités théologiques. Cette doctrine, héritée des Pères grecs, affirme que l’homme est appelé à devenir « dieu par grâce », participant à la nature divine sans pour autant perdre sa nature humaine. Cette perspective théologique, moins développée dans la tradition latine, influence l’ensemble de la spiritualité orthodoxe et explique l’importance accordée à l’ascèse monastique et à la prière contemplative. La théosis représente l’horizon ultime de l’existence chrétienne orthodoxe, dépassant la simple justification pour atteindre une véritable transformation ontologique .

La pneumatologie, ou théologie du Saint-Esprit, révèle également des approches distinctes. L’orthodoxie maintient une vision « monarchienne » de la Trinité, où le Père constitue la source unique de la divinité, générant le Fils et spirant l’Esprit. Cette conception préserve l’originalité hypostatique de chaque personne trinitaire. Le catholicisme, influencé par la théologie augustinienne, développe une pneumatologie où l’Esprit procède du Père et du Fils comme d’un seul principe, créant une relation d’amour mutuel entre les deux premières personnes trinitaires.

La théologie orthodoxe privilégie l’expérience mystique directe de Dieu, tandis que la théologie catholique développe davantage les médiations rationnelles et sacramentelles pour accéder au divin.

Cette différence d’accent théologique se reflète dans

les approches mariologiques respectives. L’orthodoxie vénère Marie en tant que Théotokos (Mère de Dieu) mais rejette le dogme catholique de l’Immaculée Conception, proclamé en 1854. Pour les théologiens orthodoxes, Marie a été purifiée au moment de l’Annonciation plutôt qu’à sa conception, préservant ainsi le caractère universel de la condition humaine déchue. De même, la doctrine catholique de l’Assomption corporelle de Marie n’est pas reconnue formellement par l’orthodoxie, qui préfère parler de la Dormition de la Vierge, concept moins précis doctrinalement mais plus respectueux du mystère eschatologique.

Liturgie byzantine versus rite romain

Les expressions liturgiques de l’orthodoxie et du catholicisme révèlent des sensibilités spirituelles et théologiques profondément distinctes. Ces différences, loin d’être superficielles, reflètent des compréhensions divergentes du rapport entre le divin et l’humain, entre le temps liturgique et l’éternité. La liturgie constitue le cœur vivant de chaque tradition chrétienne, façonnant la spiritualité des fidèles et transmettant l’expérience authentique de la foi. Cette diversité liturgique enrichit le patrimoine chrétien mondial tout en soulignant les spécificités confessionnelles irréductibles.

L’approche orthodoxe de la liturgie privilégie l’immersion mystique et la participation contemplative, créant une atmosphère de transcendance qui transporte les fidèles au-delà du quotidien. L’usage extensif de l’encens, la pénombre des églises éclairées par les cierges, et l’omniprésence du chant créent une synesthésie spirituelle unique. Cette esthétique liturgique vise à reproduire l’expérience des anges dans la liturgie céleste, conformément à la vision d’Isaïe et de l’Apocalypse johannique.

Divine liturgie de saint jean chrysostome et de saint basile

L’orthodoxie célèbre principalement deux formes de Divine Liturgie, héritées des grands Pères de l’Église du IVe siècle. La Divine Liturgie de saint Jean Chrysostome, plus courte et plus fréquemment utilisée, structure la majorité des célébrations dominicales et festives. Sa structure tripartite – liturgie des catéchumènes, liturgie des fidèles, et communion – reflète l’organisation de l’Église primitive où les non-baptisés assistaient seulement à la première partie de l’office.

La Divine Liturgie de saint Basile de Césarée, plus ancienne et plus solennelle, est réservée aux grandes fêtes liturgiques et aux dimanches du Grand Carême. Cette liturgie se caractérise par des prières eucharistiques plus longues et plus détaillées, offrant une méditation approfondie sur les mystères de l’Incarnation et de la Rédemption. Les deux liturgies partagent cependant la même structure fondamentale et le même esprit contemplatif, privilégiant la répétition de formules sacrées et l’immersion progressive dans le mystère divin.

L’une des particularités les plus frappantes de la liturgie orthodoxe réside dans l’absence quasi-totale d’instruments de musique. Le chant byzantin, exclusivement vocal, crée une harmonie spirituelle qui élève l’âme vers la contemplation divine. Cette tradition musicale, codifiée depuis des siècles, utilise un système modal complexe qui évoque différents états spirituels selon les temps liturgiques et les fêtes célébrées.

Eucharistie orthodoxe et transsubstantiation catholique

La théologie eucharistique révèle des nuances significatives entre les deux traditions, bien que les deux confessions affirment la présence réelle du Christ dans les espèces consacrées. L’orthodoxie évite le terme technique de « transsubstantiation », préférant parler de « métabolisme » ou de transformation mystérieuse qui échappe aux catégories philosophiques aristotéliciennes. Cette approche apophatique préserve le caractère ineffable du mystère eucharistique sans chercher à l’expliquer rationnellement.

L’utilisation du pain fermenté (prosphore) dans l’orthodoxie, contrairement aux hosties azymes catholiques, symbolise le Christ vivant et ressuscité. Cette différence, apparemment anodine, reflète des théologies christologiques subtiles : le pain levé évoque la divinité qui « gonfle » l’humanité du Christ, tandis que le pain azyme souligne la pureté immaculée de l’offrande sacrificielle. De même, la communion orthodoxe sous les deux espèces pour tous les fidèles, y compris les nourrissons baptisés, contraste avec la pratique catholique qui réserve généralement le calice au clergé.

La préparation eucharistique orthodoxe implique un rituel complexe de découpage du pain (proscomédie) qui symbolise l’ensemble de l’Église militant, souffrante et triomphante. Cette cérémonie préparatoire, invisible aux fidèles, manifeste la dimension cosmique de l’Eucharistie orthodoxe qui embrasse l’univers entier dans l’offrande liturgique. Cette vision holistique contraste avec l’approche catholique plus centrée sur l’acte sacrificiel du prêtre célébrant.

Iconostase et vénération des icônes

L’iconostase constitue l’élément architectural le plus distinctif des églises orthodoxes, créant une séparation symbolique entre le sanctuaire (Saint des Saints) et la nef où se tiennent les fidèles. Cette cloison d’icônes, dont la théologie fut développée lors du concile de Nicée II en 787, ne représente pas une barrière mais plutôt une fenêtre ouverte sur le monde divin. Chaque icône de l’iconostase raconte l’histoire du salut et invite à la communion avec les saints représentés.

La vénération des icônes dans l’orthodoxie dépasse la simple dévotion pour atteindre une véritable théologie de l’image. Selon la doctrine orthodoxe, l’icône participe à la réalité spirituelle qu’elle représente, créant un pont mystique entre le visible et l’invisible. Cette conception, héritée de la théologie byzantine, justifie les gestes de vénération (baisers, prosternations, offrandes de cierges) que les fidèles accomplissent devant les icônes.

L’art iconographique orthodoxe obéit à des canons précis transmis depuis l’époque byzantine, privilégiant la dimension spirituelle sur le réalisme naturaliste. Les visages allongés, les grands yeux expressifs, et la stylisation des corps visent à révéler la nature déifiée des personnages représentés. Cette esthétique transcendante contraste avec l’art religieux catholique occidental, plus influencé par les courants artistiques Renaissance et baroques qui recherchent l’expression émotionnelle et le réalisme anatomique.

Calendrier julien versus calendrier grégorien

La question calendaire illustre parfaitement la complexité des relations inter-orthodoxes contemporaines. Tandis que certaines Églises orthodoxes ont adopté le calendrier grégorien pour les fêtes fixes (Noël, Épiphanie), elles conservent le calendrier julien pour le calcul de Pâques, créant un système hybride appelé « calendrier julien révisé ». Cette situation génère des célébrations décalées qui peuvent perturber l’unité liturgique orthodoxe mondiale.

Le décalage de treize jours entre les deux calendriers signifie que les orthodoxes « vieux-calendrier » célèbrent Noël le 7 janvier grégorien, correspondant au 25 décembre julien. Cette différence, apparemment technique, revêt une importance symbolique considérable pour les communautés orthodoxes attachées à la préservation des traditions ancestrales. Elle illustre également la tension permanente entre modernisation et conservation qui traverse le monde orthodoxe contemporain.

La question pascale demeure plus complexe encore, car le calcul orthodoxe intègre des considérations théologiques spécifiques. L’orthodoxie exige que Pâques soit célébrée après la Pâque juive, conformément au récit évangélique, ce qui peut créer des décalages significatifs avec la Pâques catholique. Cette divergence calendaire symbolise la persistance des différences confessionnelles malgré les efforts œcuméniques contemporains.

Sacrements et pratiques spirituelles distinctives

Bien que l’orthodoxie et le catholicisme reconnaissent tous deux les sept sacrements traditionnels, leurs modalités de célébration et leurs interprétations théologiques révèlent des sensibilités spirituelles distinctes. Ces différences sacramentelles ne se limitent pas aux aspects rituels mais touchent à la compréhension même de la grâce divine et de son mode d’action dans la vie chrétienne. L’approche orthodoxe privilégie généralement l’aspect mystique et transformateur des sacrements, tandis que la tradition catholique développe davantage leurs dimensions juridiques et institutionnelles.

Le baptême orthodoxe par triple immersion totale contraste avec la pratique catholique d’effusion, révélant des symbolismes théologiques différents. L’immersion complète évoque la mort et la résurrection du Christ, conformément à la théologie paulinienne du baptême développée dans l’épître aux Romains. Cette pratique, maintenue depuis l’Église primitive, manifeste la radicalité de la conversion chrétienne et la transformation ontologique du baptisé. La triple immersion, accompagnée de l’invocation trinitaire, symbolise la participation plénière aux mystères divins.

La chrismation orthodoxe, équivalent de la confirmation catholique, s’administre immédiatement après le baptême, même pour les nourrissons. Cette pratique unifie le processus d’initiation chrétienne et permet aux enfants baptisés de recevoir la communion eucharistique dès leur plus jeune âge. Cette approche holistique de l’initiation chrétienne reflète la conviction orthodoxe que les sacrements opèrent ex opere operato, indépendamment de la compréhension consciente du récipiendaire. Cette tradition contraste avec la pratique catholique qui dissocie temporellement baptême, confirmation et première communion.

La spiritualité orthodoxe intègre davantage les dimensions corporelle et cosmique de l’expérience religieuse, considérant la création matérielle comme théophanie permanente.

Le sacrement de pénitence révèle également des approches distinctes. L’orthodoxe privilégie la direction spirituelle continue plutôt que la confession auriculaire systématique, bien que cette dernière existe également. Le prêtre orthodoxe agit davantage comme témoin de la réconciliation entre le pénitent et Dieu que comme juge dispensateur d’absolution. Cette conception thérapeutique du sacrement de pénitence s’enracine dans la tradition monastique orientale, où l’accompagnement spirituel (pneumatikos pater) constitue un art spirituel raffiné.

Répartition géographique et patriarcats contemporains

La géographie contemporaine de l’orthodoxie reflète les vicissitudes historiques qui ont façonné l’Europe orientale et le Moyen-Orient au cours des derniers siècles. Cette répartition géographique influence directement l’organisation ecclésiastique orthodoxe et explique certaines tensions inter-orthodoxes actuelles. Comprendre cette cartographie religieuse s’avère essentiel pour saisir les enjeux géopolitiques contemporains qui affectent les relations inter-chrétiennes. La diaspora orthodoxe occidentale complique davantage cette géographie traditionnelle en créant de nouveaux défis pastoraux et juridictionnels.

L’effondrement de l’Empire ottoman et la décomposition de l’URSS ont profondément recomposé la carte orthodoxe mondiale. Les nouvelles indépendances nationales ont souvent généré des revendications d’autocéphalie ecclésiastique, créant parfois des conflits de juridiction entre Églises-mères historiques et Églises nationales émergentes. Ces tensions géo-ecclésiastiques illustrent la difficulté de concilier le principe orthodoxe d’autocéphalie avec les réalités géopolitiques contemporaines.

Patriarcat œcuménique de constantinople et primauté d’honneur

Le Patriarcat œcuménique de Constantinople occupe une position unique dans le monde orthodoxe, conservant une « primauté d’honneur » reconnue par toutes les Églises autocéphales. Cette préséance historique, héritée du statut de « Nouvelle Rome » de Constantinople, confère au patriarche œcuménique certaines prérogatives spécifiques : convocation des synodes pan-orthodoxes, arbitrage des conflits inter-orthodoxes, et juridiction sur la diaspora orthodoxe en l’absence d’autres structures canoniques locales.

Cependant, cette primauté d’honneur ne constitue pas un pouvoir juridictionnel comparable à celui du pape catholique, mais plutôt un service de coordination et de représentation de l’orthodoxie mondiale. Le patriarche œcuménique Bartholomée Ier, en fonction depuis 1991, incarne cette fonction de « premier parmi ses égaux » tout en naviguant dans les complexités géopolitiques de la Turquie contemporaine. Sa position délicate illustre les défis auxquels fait face l’orthodoxie historique dans un contexte séculier hostile.

Les initiatives récentes du Patriarcat œcuménique, notamment l’octroi de l’autocéphalie à l’Église orthodoxe d’Ukraine en 2019, ont généré des tensions significatives avec le Patriarcat de Moscou. Cette crise illustre les limites pratiques de la primauté constantinopolitaine face aux ambitions hégémoniques d’autres centres orthodoxes. Elle révèle également l’instrumentalisation politique des questions ecclésiastiques dans les conflits géopolitiques contemporains.

Églises orthodoxes autocéphales nationales

Le modèle des Églises orthodoxes nationales, développé depuis le XIXe siècle, répond aux aspirations identitaires des peuples orthodoxes émancipés des empires multi-ethniques. Cette évolution vers l’autocéphalie nationale a créé quatorze Églises orthodoxes autocéphales reconnues, de l’Église de Géorgie (la plus ancienne autocéphalie après les patriarcats historiques) à l’Église orthodoxe d’Ukraine (la plus récente). Cette multiplication des autocéphalies renforce l’ancrage culturel de l’orthodoxie mais complique la coordination inter-orthodoxe mondiale.

L’Église orthodoxe russe, forte de ses 150 millions de fidèles officiels, constitue numériquement la plus importante communion orthodoxe mondiale. Son influence géopolitique, étroitement liée aux ambitions russes contemporaines, génère parfois des tensions avec les autres Églises orthodoxes. Le conflit ukrainien a particulièrement exac