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Entendre ou réciter le texte du Notre Père en araméen, c’est comme rouvrir une fenêtre sur la voix même de Jésus. La prière chrétienne la plus connue retrouve alors sa tonalité d’origine, dans la langue parlée en Galilée et en Judée au Ier siècle. Pour beaucoup de croyants, de chercheurs ou de simples curieux, revenir à cet araméen galiléen, puis au syriaque des premières communautés, permet de mieux comprendre le sens profond des mots, leur nuance, leur souffle. Cette redécouverte ne relève pas seulement d’une curiosité érudite : elle nourrit la prière, éclaire la théologie, et relie aussi à des communautés chrétiennes d’Orient qui, en Irak ou en Syrie, prient toujours ce texte dans une langue très proche de celle du Christ.

Texte du notre père en araméen : translittération, vocalisation et versions principales

Translittération standard du notre père en araméen galiléen : abwoon d’bwashmaya

Le point de départ pour redécouvrir le Notre Père en araméen texte est souvent une translittération accessible. Une forme fréquemment utilisée, proche de l’araméen galiléen reconstruit, commence ainsi : Abwûn d’bwashmaya. Dans de nombreux missels et introductions, on trouve la version chaldéenne ou syro-orientale, très voisine :

A’oun d’ouashmaya, nethqaddash shmakh, tété malkouthakh, nehwe sebyanakh aykanna d’ouashmaya ap b’ar‘a…

Pour vous qui souhaitez prier ce Notre Père en langue originale, la translittération joue un rôle clé : elle permet une vocalisation correcte sans connaître l’alphabet syriaque. Il est utile de lire lentement, syllabe par syllabe, en marquant les accents (par exemple sur -qáddash, -khoútha). Une pratique régulière ancre progressivement ces sons en mémoire, un peu comme lorsqu’un chant liturgique finit par se graver sans effort conscient.

Variantes syriaques orientales et occidentales : peshitta, liturgie maronite et chaldéenne

Le Notre Père en araméen n’existe pas en une seule forme figée. Très tôt, le texte circule dans un continuum araméen-syriaque, avec deux grands rameaux : syriaque occidental (maronite, syriaque-orthodoxe) et syriaque oriental (assyro-chaldéen). Les différences portent sur quelques voyelles, parfois sur l’ordre des mots, mais le noyau reste identique. Ainsi, on rencontre aussi :

Awoun d’washmeya, nethqadash shmakh, téthe malkouthakh, néhwe sebyanakh, aykanna d’washmeya af b’ar‘a…

Pour quelqu’un qui découvre ce patrimoine, ces variantes montrent que le Notre Père araméen est un texte vivant, prié et chanté, non un artefact de laboratoire. Les éditions liturgiques syriaques modernes offrent souvent les deux colonnes : texte syriaque, translittération latine, et parfois traduction en arabe ou en français, ce qui vous permet de passer d’un registre à l’autre.

Prononciation reconstructive de l’araméen de jésus selon joachim jeremias et gustaf dalman

Les exégètes et sémitisants ont tenté de reconstituer la prononciation la plus probable de l’araméen parlé par Jésus. En s’appuyant sur les inscriptions, les targums, et la comparaison avec l’hébreu mishnaïque, des chercheurs ont proposé une forme proche de :

Abûn dî bešmayyâ, yitqaddash šmakh, têtê malkutakh, nehwe ṣebyânakh, aykênâ di bešmayyâ ken be’ar‘â…

Cette prononciation reconstructive diffère un peu du syriaque d’Édesse, plus tardif, mais reste tout à fait intelligible pour les locuteurs des dialectes araméens modernes. Pour vous, l’intérêt n’est pas seulement phonétique : il s’agit de goûter la dynamique des verbes au jussif, la force des racines sémitiques, et d’entendre cette prière comme une série d’appels pressants plutôt que comme un texte figé.

Comparaison mot à mot avec le notre père latin (pater noster) et le texte grec de matthieu 6:9-13

Comparer le Notre Père araméen avec le grec de Matthieu 6,9-13 et le latin du Pater noster éclaire immédiatement certains choix de traduction. Le grec dit : Pater hêmôn ho en tois ouranois, le latin : Pater noster qui es in caelis, l’araméen : Abwûn d’bwashmaya. Dans les trois cas, l’adresse au Père est explicite, mais l’araméen insiste sur la relation filiale, presque intime, qu’exprime le mot Abwûn (nuance de « Papa » vénéré, non familier au sens banal).

Autre exemple : le verbe grec hagiasthêtô (qu’il soit sanctifié) correspond à l’araméen nethqadash. Les trois langues utilisent un mode de souhait (jussif ou subjonctif) : il ne s’agit pas d’un simple constat, mais d’un désir ardent. Une telle lecture mot à mot vous aide à percevoir que le Notre Père en araméen texte n’est pas seulement une liste de demandes, mais une dynamique qui va du Nom sanctifié au mal vaincu.

Origine araméenne du notre père : contexte historique, linguistique et géographique

Langue vernaculaire en galilée et en judée au ier siècle : araméen galiléen, hébreu mishnaïque et grec koinè

Au temps de Jésus, la Palestine du Ier siècle est un véritable carrefour linguistique. L’araméen galiléen constitue la langue vernaculaire la plus répandue, parlée au marché, dans les maisons, sur les chemins. L’hébreu, sous sa forme mishnaïque, reste la langue de l’Écriture, de la liturgie synagogale, un peu comme le latin pour l’Occident médiéval. Le grec koinè, enfin, domine l’administration et les échanges plus larges, dans l’Empire romain oriental.

Dans ce contexte, une prière aussi fondamentale que le Notre Père a très probablement été formulée d’abord en araméen, puis transmise en grec par les évangélistes. Les spécialistes estiment que plus de 80 % des paroles de Jésus conservées dans les évangiles peuvent être rétro-traduites de manière cohérente en araméen, ce qui renforce cette hypothèse. Pour vous, comprendre ce trilinguisme ancien nuance l’idée d’une rupture nette entre judaïsme et christianisme : la prière de Jésus s’inscrit dans un paysage linguistique juif vivant et diversifié.

Cadre historique de la prière : sermon sur la montagne, évangile selon matthieu et source Q

Le Notre Père dans Matthieu se trouve au cœur du Sermon sur la Montagne (Mt 5–7), dans une section consacrée à la prière authentique, loin de la vaine répétition et de l’ostentation. Luc propose une version plus brève, située dans un contexte catéchétique : un disciple demande explicitement à Jésus : « Apprends-nous à prier ». Les spécialistes ont longtemps parlé d’une source Q (pour « Quelle », source en allemand), un recueil hypothétique de paroles de Jésus qui aurait alimenté Matthieu et Luc.

Même si cette hypothèse Q est aujourd’hui débattue, le rapprochement des deux versions montre que la prière a circulé très tôt, probablement en araméen, avant d’être fixée en grec. Le cadre du Sermon sur la Montagne souligne aussi que le Notre Père en araméen est au service d’une vie juste, de la limpidité du cœur, et non d’une pure récitation rituelle.

Continuum araméen-syriaque : de l’araméen de jésus au syriaque classique d’édesse

Entre l’araméen galiléen de Jésus et le syriaque classique des manuscrits de la Peshitta, il n’y a pas rupture mais continuité. Le syriaque est en quelque sorte l’araméen standardisé des chrétiens d’Édesse et de la Haute-Mésopotamie. À partir du IIᵉ siècle, ce syriaque devient langue liturgique, scripturaire, théologique. Les Pères syriaques composent homélies, commentaires bibliques, poèmes mystiques dans ce registre, qui garde pourtant une forte parenté avec la langue parlée auparavant en Galilée.

Pour un lecteur moderne, ce continuum offre une chance unique : les grandes prières chrétiennes, dont le Notre Père en araméen texte, ont été copiées, chantées, commentées sans interruption pendant près de deux millénaires. Approcher ces textes, c’est donc aussi s’inscrire dans une tradition ininterrompue de prière sémitique chrétienne.

Rôle des communautés syriaques (mossoul, tur abdin, maaloula) dans la conservation du notre père en araméen

Les communautés syriaques d’Irak, de Syrie et de Turquie ont joué un rôle essentiel dans la conservation vivante du Notre Père araméen. À Mossoul et dans la plaine de Ninive, les Églises chaldéennes et assyriennes ont continué à célébrer la liturgie en syriaque oriental, même au cœur des persécutions récentes. Dans le Tur Abdin, haut plateau de Turquie, les monastères syriaques-orthodoxes ont gardé une tradition chantée du Abun d’bashmayo.

En Syrie, des villages comme Maaloula, Jubb‘adin ou Bakh‘a parlent encore des dialectes araméens modernes, très proches phonétiquement du syriaque liturgique. Pour vous, le fait de prier le Notre Père en araméen peut devenir un geste concret de communion avec ces chrétiens souvent persécutés, comme l’ont souligné plusieurs responsables d’Église ces dernières années, en invitant explicitement à cette forme de solidarité spirituelle.

Analyse philologique du texte araméen : étymologie, morphologie et syntaxe

Structure grammaticale de « abwoon d’bwashmaya » : état emphatique, annexion et article déterminé

Le syntagme Abwûn d’bwashmaya est déjà un condensé de grammaire araméenne. Le mot Abwûn est un nom en « état emphatique », forme qui marque ici la détermination : non pas « un père », mais « le Père », celui qui est lié à la communauté qui prie. La particule d- introduit un complément de relation, un peu comme un « qui est » ou un « de ». Enfin, bwashmaya combine la préposition b- (« en, dans ») et le pluriel « cieux » (shmaya), lui aussi à l’état emphatique.

En français, la traduction « Notre Père qui es aux cieux » risque de donner l’impression d’un éloignement spatial. L’araméen souligne plutôt la situation de Dieu comme source transcendante de tout, sans effacer la proximité filiale. Approcher le Notre Père en araméen texte par ces petits détails grammaticaux aide à purifier certaines images trop matérielles du « ciel » et du « haut ».

Étude lexicale de « laqemâ d’sounqânân yawmânâ » : champ sémantique du « pain quotidien » en araméen

La demande du « pain de ce jour » est l’une des plus commentées. L’expression araméenne qu’on trouve dans les traditions syriaques s’apparente à lahmâ d’sounqânân yaumânâ ou lahmâ d’emsennân yomânâ, selon les dialectes. Le terme lahmâ désigne le pain, la nourriture fondamentale, mais aussi, dans le langage chrétien ancien, le pain eucharistique. Le qualificatif lié à sounqânân ou à la racine de « subsister » renvoie à ce qui est nécessaire à l’existence, au « pain pour la survie ».

Le grec de Matthieu utilise le mystérieux adjectif epiousios, hapax du Nouveau Testament, que certains traduisent par « pour le jour qui vient » ou « supersubstantiel ». L’araméen, lui, garde une tension féconde entre le pain matériel de chaque jour et le pain spirituel de l’eucharistie. Pour vous, réciter Notre Père en araméen avec cette nuance en tête, c’est tenir ensemble confiance dans la Providence quotidienne et soif du pain de vie éternelle.

Valeur des verbes au jussif et à l’impératif : « nethqadash », « tete malkuthakh », « nehwe sebyanakh »

La première trilogie de demandes du Notre Père araméen se structure autour de trois verbes au jussif : nethqadash (qu’il soit sanctifié), tete malkuthakh (que vienne ton Royaume), nehwe sebyanakh (que soit faite ta volonté). Le jussif, en araméen comme en hébreu, exprime un souhait intense, une prière-proclamation plutôt qu’un simple futur.

Grammaticalement, ces formes font entendre que le sujet véritable de l’action reste Dieu : c’est Lui qui sanctifie son Nom, fait venir le Royaume, accomplit sa volonté. Mais la communauté qui prie s’implique, consent, se rend disponible. En méditant ces verbes dans la langue d’origine, vous percevez mieux que le Notre Père n’est pas un programme d’actions humaines, mais d’abord un consentement confiant à l’initiative divine.

Syntagmes prépositionnels « al ar‘a » et « b’shmaya » : spatialisation théologique terre/ciel

L’opposition et la correspondance entre « ciel » et « terre » sont rendues en araméen par les syntagmes prépositionnels b’shmaya (« dans les cieux ») et al ar‘a (« sur la terre »). Le parallèle aykanna d’bwashmaya ap b’ar‘a (« comme au ciel ainsi aussi sur la terre ») insiste sur une harmonisation, une synchronisation entre deux sphères.

L’image n’est pas celle de deux lieux séparés par des kilomètres verticaux, mais plutôt de deux niveaux de réalité appelés à s’unifier. Une bonne analogie consiste à penser à deux portées musicales d’une même partition : la mélodie de la volonté de Dieu joue déjà « dans les cieux », et la prière demande qu’elle soit rejouée à l’unisson « sur la terre ». Le Notre Père en araméen texte devient alors une sorte de diapason spirituel.

Parallèles sémantiques avec l’hébreu biblique : racines Q-D-Š (kaddosh), M-L-K (malkouth), S-L-M (shalom)

L’araméen du Notre Père est intimement lié à l’hébreu biblique par le système de racines trilitères. La racine Q-D-Š (qadash/kaddosh) exprime la sainteté, la mise à part : nethqadash shmakh fait écho au yitqaddash shemekha de la liturgie juive. La racine M-L-K donne malkouth, la royauté, le règne, concept central pour comprendre le Royaume de Dieu dans l’enseignement de Jésus.

Enfin, même si le mot shalom n’apparaît pas mot à mot dans le texte du Notre Père en araméen, la racine S-L-M irrigue toute l’arrière-plan biblique de la prière : la volonté de Dieu est volonté de paix, de restauration, d’intégrité. Pour vous, relever ces parallèles aide à tisser un lien vivant entre la prière de Jésus et l’Ancien Testament, plutôt que de les opposer artificiellement.

Transmission manuscrite du notre père en araméen : sources antiques et tradition syriaque

Manuscrits syriaques de la peshitta : british library, bibliothèque vaticane et codex ambrosianus

Le texte syriaque du Notre Père est connu principalement par les manuscrits de la Peshitta, traduction standard de la Bible en syriaque. Parmi les témoins les plus importants figurent des codex conservés à la British Library, à la Bibliothèque Vaticane ou encore le célèbre Codex Ambrosianus de Milan. Ces manuscrits, copiés entre le Vᵉ et le IXᵉ siècle, offrent un texte remarquablement stable pour Matthieu 6,9-13.

Pour un regard extérieur, ces détails peuvent paraître très techniques. Pourtant, ils garantissent la fiabilité de votre Notre Père en araméen texte : ce que vous prononcez aujourd’hui correspond, à quelques variantes mineures près, à ce que lisaient et chantaient les communautés syriaques d’il y a plus de mille ans. C’est une continuité textuelle exceptionnelle si l’on songe aux vicissitudes de l’histoire au Proche-Orient.

Témoins anciens : diatessaron de tatien, évangiles syriaques de cureton et de sinaï

Avant même la fixation de la Peshitta, d’autres témoins syriaques fournissent des versions du Notre Père. Le Diatessaron de Tatien (vers 170), harmonie des quatre évangiles en syriaque, contient une forme légèrement différente de la prière. Les évangiles syriaques dits de Cureton et de Sinaï, découverts au XIXᵉ siècle, offrent aussi des variantes intéressantes, notamment sur le pain « epiousios » et la doxologie finale.

Ces documents montrent que, dès le IIᵉ siècle, les chrétiens de langue araméenne/syriaque avaient intégré et adapté la prière dans leur propre idiome. Pour vous, cela souligne un point capital : le Notre Père araméen n’est pas une reconstruction artificielle contemporaine, mais un texte liturgique enraciné dans la plus ancienne tradition chrétienne de l’Orient.

Critique textuelle comparée : variantes entre peshitta, harclean et philoxénienne

Outre la Peshitta, deux grandes révisions syriaques des évangiles sont connues : la version Philoxénienne (VIᵉ siècle) et la version Harclean (VIIᵉ siècle), plus littérales par rapport au grec. Dans le Notre Père, les variantes restent limitées : ordre de mots légèrement différent, usage de tournures plus proches du grec (par exemple pour « ne nous laisse pas entrer en tentation »), ou choix d’un terme plus rare pour le « malin ».

Pour un lecteur non spécialiste, l’intérêt de cette critique textuelle est double. D’abord, elle confirme que le noyau du Notre Père en araméen texte est extrêmement stable. Ensuite, elle montre que dès le haut Moyen Âge, les théologiens syriaques étaient soucieux d’exactitude philologique, cherchant à ajuster leur langue à la lettre grecque tout en respectant le génie sémitique.

Éditions critiques modernes : Nestle-Aland, UBS, george A. kiraz (gorgias press)

Pour celles et ceux qui souhaitent aller plus loin, plusieurs éditions critiques modernes permettent de travailler sur le texte syriaque du Notre Père. Du côté grec, les éditions Nestle-Aland et UBS fournissent l’apparat critique indispensable. Du côté syriaque, les travaux de chercheurs comme George A. Kiraz, publiés notamment chez Gorgias Press, offrent des éditions vocalisées de la Peshitta accompagnées de notes détaillées.

Accéder à ces éditions, même sans maîtriser parfaitement la philologie, peut déjà vous donner le goût des manuscrits, des variantes, des leçons marginales. C’est une manière concrète de vérifier que le Notre Père araméen que vous apprenez aujourd’hui s’inscrit dans un travail rigoureux de transmission et de relecture, loin des bricolages ésotériques souvent relayés sur Internet.

Notre père en araméen et liturgie : usage dans les églises syriaques et orientales

Récitation liturgique dans les rites syriaque occidental (jacobite, maronite) et syriaque oriental (chaldéen)

Dans les liturgies syriaques, le Notre Père en araméen texte occupe une place structurante, comparable à celle qu’il a dans la liturgie romaine. Dans le rite syriaque occidental (syriaque-orthodoxe, maronite), il est chanté ou récité avant la fraction du pain, avec une forte insistance communautaire. Dans le rite syriaque oriental (assyro-chaldéen), il apparaît aussi dans la liturgie eucharistique, souvent en alternance entre le célébrant et l’assemblée.

Si vous assistez un jour à une messe chaldéenne ou maronite, vous remarquerez combien les fidèles connaissent par cœur ce Notre Père araméen, même lorsqu’ils utilisent au quotidien l’arabe, le kurde ou une autre langue. Cette fidélité liturgique contribue puissamment à la survie de la langue et à la cohésion identitaire des communautés.

Chant liturgique du notre père en araméen : maqâm, mélismes et notations neumatiques syriaques

Le Notre Père en syriaque n’est pas seulement récité : il est chanté selon des maqâm, modes mélodiques traditionnels proches de ceux de la musique arabe. Les lignes mélodiques peuvent être simples dans les assemblées, ou au contraire très ornées dans les monastères, avec de longs mélismes sur certains mots clés (par exemple malkouthakh, « ton Royaume »).

Les anciens manuscrits utilisent des notations neumatiques syriaques, sortes de signes au-dessus du texte qui indiquent les inflexions de la mélodie. Même si vous ne lisez pas ces neumes, écouter un Notre Père en araméen chanté vous permet de ressentir comment la musique prolonge la théologie : la mélodie développe le texte comme une icône sonore, à la manière dont une enluminure développe visuellement un verset biblique.

Traductions liturgiques parallèles : arabe, arménien, copte et grec dans les célébrations orientales

Dans de nombreuses célébrations orientales, le Notre Père est dit successivement en plusieurs langues, comme un signe concret de catholicité et de communion inter-ecclésiale. Il n’est pas rare d’entendre, lors d’une même liturgie, le texte en syriaque, puis sa version arabe, voire en arménien, en copte ou en grec, surtout lors de grands rassemblements.

Pour un fidèle francophone, cette polyphonie peut sembler déroutante de prime abord. Elle devient pourtant très parlante si vous percevez que l’araméen/syriaque agit comme une racine commune, à partir de laquelle chaque Église locale greffe sa propre langue. Apprendre le Notre Père en araméen texte, c’est donc aussi acquérir un « pivot » qui vous permet de naviguer d’une tradition à l’autre sans vous perdre.

Enseignement catéchétique dans les villages araméophones de maaloula, jubb‘adin et bakh‘a

Dans les villages araméophones de Syrie, notamment Maaloula, Jubb‘adin et Bakh‘a, la prière du Notre Père fait partie du catéchisme de base, mais aussi de l’identité linguistique locale. Les enfants y apprennent à la fois la version liturgique syriaque et la prononciation dialectale, légèrement différente. Des initiatives locales, parfois soutenues par des ONG culturelles, visent à enregistrer ces récitations pour les transmettre aux générations futures.

Si vous suivez des vidéos ou enregistrements issus de ces villages, vous entendrez des variantes phonétiques : certaines consonnes se sont adoucies, des voyelles ont glissé. Pourtant, le squelette du Notre Père araméen reste très reconnaissable, preuve que la langue de Jésus, même transformée, n’a jamais entièrement disparu dans cette région du monde.

Retour aux origines : redécouvrir la prière de jésus dans sa langue araméenne aujourd’hui

Approches exégétiques modernes : joachim jeremias, claude tresmontant, pierre perrier

Plusieurs exégètes contemporains ont joué un rôle décisif pour populariser la dimension araméenne du Notre Père. Des travaux académiques ont montré comment une lecture en araméen éclaire certains débats : sens exact de la « tentation », portée du « Royaume », symbolique du pain. Ces approches insistent sur le fait que le Notre Père en araméen texte ne se réduit pas à une curiosité linguistique, mais qu’il aide à mieux saisir la théologie implicite de Jésus, enracinée dans le judaïsme du Second Temple.

Pour vous, l’intérêt de ces études est double. D’un côté, elles évitent les fantasmes pseudohistoriques en rappelant constamment l’exigence philologique. De l’autre, elles encouragent une lecture priante : comprendre la structure sémitique de la prière n’empêche pas, bien au contraire, de la ruminer intérieurement, comme un psaume.

Apprentissage du notre père en araméen : cours en ligne, institut Saint-Éphrem, école biblique de jérusalem

Si vous souhaitez apprendre concrètement le Notre Père en araméen, plusieurs pistes existent. Des cours en ligne d’initiation au syriaque ou à l’araméen proposent souvent cette prière comme exercice de base : mémoriser sa prononciation, la recopier en alphabet syriaque, la traduire. Des institutions spécialisées comme l’Institut Saint-Éphrem ou l’École biblique et archéologique française de Jérusalem intègrent régulièrement l’étude de cette prière dans leurs programmes.

Une méthode simple, accessible à tout lecteur motivé, consiste à adopter une progression en trois temps :

  1. Apprendre par cœur la translittération du Notre Père araméen en la répétant quotidiennement.
  2. Associer chaque mot à son sens de base (Père, cieux, Nom, Royaume, volonté, pain, dettes, tentation, mal).
  3. Introduire peu à peu quelques notions de grammaire (valeur des verbes, prépositions, états du nom) pour affiner l’intelligence.

En quelques semaines, avec une pratique régulière, vous pouvez ainsi prier ce texte en araméen de manière intelligible, et non simplement phonétique.

Pratiques de méditation et de lectio divina à partir du texte araméen

Revenir au Notre Père en araméen texte ouvre aussi des voies nouvelles pour la prière personnelle. Une forme simple de lectio divina consiste à prendre chaque jour une ligne de la prière en araméen, à la prononcer lentement, puis à méditer sur un mot-clé. Par exemple, un jour sur Abwûn, un autre sur malkouthakh, un autre sur sebyanakh. Chaque terme devient comme une graine déposée dans la mémoire et dans le cœur.

Une autre pratique possible est de combiner la version araméenne et la version de votre langue maternelle dans un mouvement de va-et-vient, un peu comme on contemple une icône sous différentes lumières. L’analogie avec la musique est parlante : revenir au thème principal dans sa tonalité d’origine permet d’apprécier ensuite toutes les variations. Ainsi, prononcer le Notre Père en araméen peut devenir pour vous un temps fort de chaque journée, à la fois enraciné dans la tradition et ouvert à l’Esprit.

Débats autour de versions ésotériques ou « celtico-araméennes » du notre père (baigent, O’Malley) et critique académique

La popularité croissante du Notre Père en araméen a aussi entraîné la diffusion de versions dites « ésotériques » ou « celtico-araméennes », souvent accompagnées de traductions très libres, voire fantaisistes : Dieu y est réduit à une « source cosmique », le péché disparaît, la notion de Royaume est diluée. Ces textes ne reposent sur aucun manuscrit ancien, ni sur aucune tradition syriaque authentique, même lorsqu’ils revendiquent des filiations spectaculaires.

La critique académique est ici unanime : le Notre Père en araméen texte authentique est solidement attesté par les traditions syriaques et grecques, et n’a rien à voir avec ces réécritures modernes. Si vous rencontrez de telles « prières araméennes » présentées comme originales ou secrètes, un bon réflexe consiste à vérifier si elles sont adossées à une édition critique, à un manuscrit identifié, à un travail de linguiste. À défaut, il s’agit généralement de compositions spirituelles contemporaines, peut-être inspirantes pour certains, mais qu’il vaut mieux distinguer clairement de la prière enseignée par Jésus dans la tradition de l’Église.