
Le mercredi des cendres marque chaque année une bascule nette dans la vie chrétienne : passage d’un rythme ordinaire à une période de pénitence, de sobriété et de recentrement intérieur. Ce jour inaugure le Carême, mais il possède aussi son propre régime alimentaire, à la fois précis et souple, qui peut susciter des questions très concrètes : que manger, que préparer pour la famille, comment respecter le jeûne sans mettre sa santé en danger ? Beaucoup de fidèles oscillent entre peur de « mal faire » et impression que les règles ont été tellement allégées qu’elles n’ont plus de sens. Comprendre finement ce qui est demandé permet au contraire d’entrer dans cette journée avec paix, cohérence et liberté intérieure.
Règles canoniques du mercredi des cendres : jeûne, abstinence et obligations actuelles selon le code de droit canonique
Le Code de droit canonique actuel distingue clairement deux notions : le jeûne et l’abstinence de viande. Le mercredi des cendres est un jour où ces deux obligations se cumulent pour les catholiques latins, au même titre que le Vendredi saint. Le jeûne consiste à limiter la quantité de nourriture, tandis que l’abstinence concerne la nature des aliments. Selon les données des conférences épiscopales, près de 70 % des pratiquants réguliers disent connaître l’interdiction de viande ce jour-là, mais moins de 30 % savent précisément ce que signifie « un seul repas complet ». Cette méconnaissance explique bien des scrupules… ou des négligences.
Définition canonique du jeûne : quantité de nourriture autorisée, repas complet et collations légères
Dans la discipline latine, le jeûne du mercredi des cendres se comprend de façon assez simple : un seul repas complet dans la journée, en général pris à midi ou le soir, et éventuellement deux petites collations légères qui, ensemble, ne doivent pas équivaloir à un second repas ordinaire. Concrètement, il s’agit d’éviter ce que le langage moral appelle l’« excès alimentaire ». De nombreux moralistes précisent que ces collations doivent rester modestes : un fruit, un morceau de pain, un yaourt, une poignée de fruits secs, sans multiplication des encas. L’image la plus parlante ? Penser à la journée comme à une assiette principale, à laquelle s’ajoutent seulement deux petites soucoupes. Cette structure aide à entrer dans un véritable jeûne chrétien, et non dans un simple réaménagement diététique.
Définition canonique de l’abstinence de viande : aliments d’origine animale autorisés ou interdits
L’abstinence de viande du mercredi des cendres ne supprime pas toute protéine animale. Elle vise spécifiquement la chair d’animaux terrestres et d’oiseaux : bœuf, porc, agneau, volaille, gibier, ainsi que les préparations qui les contiennent. Le poisson et les produits de la mer restent permis, de même que les œufs et les produits laitiers, sauf choix personnel d’une pratique plus stricte. Les textes classiques précisent que les animaux vivant principalement dans l’eau (poissons, crustacés, mollusques) ne sont pas considérés comme viande par la loi ecclésiastique. L’objectif n’est pas nutritionnel mais symbolique : se priver d’un aliment traditionnellement festif, riche et valorisé, pour signifier un pas de conversion.
Âge, exemptions et dispenses : enfants, personnes âgées, femmes enceintes et malades
La loi de l’Église reste réaliste et humaine. Le jeûne obligatoire touche habituellement les fidèles adultes, en gros entre 18 et 59 ans, dans un état de santé ordinaire. En-dessous ou au-delà, le jeûne n’est plus imposé, même si un geste de modération peut être proposé aux enfants ou aux seniors, toujours avec prudence. Les femmes enceintes ou allaitantes, les malades chroniques, les personnes très fragiles physiquement, mais aussi ceux dont le travail est éprouvant peuvent être excusés du jeûne. L’abstinence de viande, elle, concerne généralement tous les baptisés à partir d’un certain âge (souvent 14 ans), sauf raisons graves de santé. Cela signifie que vous pouvez adapter ce jour à votre situation, en lien si besoin avec un prêtre ou un accompagnateur spirituel.
Adaptations locales : conférences épiscopales de france, belgique et suisse francophone
Les conférences épiscopales ont reçu la compétence pour préciser l’application concrète de ces normes. En France, en Belgique et en Suisse francophone, les textes officiels rappellent la forte valeur symbolique du mercredi des cendres et encouragent un jeûne réel, mais sans multiplier les casuistiques compliquées. La tendance actuelle, confirmée par plusieurs documents depuis les années 1960, est d’insister davantage sur l’esprit de pénitence que sur le contrôle au gramme près. Cela ne supprime pas la loi du jeûne et de l’abstinence, mais introduit une responsabilisation personnelle : si votre travail, votre santé ou vos obligations familiales ne permettent pas une observance stricte, l’Église invite alors à choisir une autre forme de renoncement équivalente, par exemple un « jeûne digital » ou un effort spécifique de charité.
Aliments permis lors du repas du mercredi des cendres : exemples concrets de menus conformes au jeûne
Le mercredi des cendres n’est ni un jour de famine, ni une journée où seule la salade verte serait admise. Le but est de composer un menu sobre, suffisant pour tenir votre journée de travail ou d’étude, tout en restant en cohérence avec le jeûne de Carême. Les études nutritionnelles recommandent, pour un adulte en bonne santé, d’éviter que l’apport calorique descende en dessous de 800–1000 kcal lors d’un jeûne religieux ponctuel, afin de préserver la vigilance et la capacité de concentration. Un repas principal sans viande, complété de légumineuses, de céréales complètes et de légumes, permet de respecter à la fois ces critères de santé et les exigences spirituelles.
Repas sans viande avec poisson : cabillaud, saumon, thon, sardines et produits de la mer
Pour beaucoup, la façon la plus simple de vivre un repas du mercredi des cendres consiste à remplacer la viande par du poisson. Un filet de cabillaud au four avec des légumes vapeur et un peu de riz nature, un pavé de saumon grillé accompagné d’épinards et de pommes de terre, ou encore une assiette de sardines en boîte avec salade et pain complet entrent pleinement dans l’esprit de ce jour, surtout si les portions restent raisonnables. Les produits de la mer (moules, crevettes, filets de colin, thon au naturel) offrent une bonne source de protéines sans transgresser la loi de l’abstinence. L’enjeu, pour vous, est de ne pas transformer ce repas de jeûne en banquet gastronomique de fruits de mer, mais de choisir une préparation simple, peu coûteuse, presque « ordinaire ».
Repas végétariens compatibles avec le jeûne : légumineuses, céréales complètes et légumes de saison
Un nombre croissant de fidèles choisissent, le mercredi des cendres, un repas totalement végétarien, voire végétalien, comme signe plus marqué de dépouillement. D’un point de vue nutritionnel, les lentilles, pois chiches, haricots rouges, quinoa, boulgour ou riz complet, associés à des légumes de saison (carottes, poireaux, choux, courges, salades) fournissent des protéines et des fibres en quantité suffisante. Par exemple, un bol de soupe de lentilles et carottes, suivi d’une assiette de riz complet aux légumes rôtis, satisfait pleinement à la fois l’exigence de repas frugal et le besoin d’énergie pour la journée. L’important, pour vous, est de veiller à ne pas multiplier les plats et les desserts : une structure en deux éléments (plat + éventuellement un fruit) reste très adaptée au jeûne.
Choix des matières grasses et produits laitiers : beurre, huile d’olive, fromages, yaourts et quantités raisonnables
Contrairement aux pratiques très strictes de certaines époques, les matières grasses ne sont pas interdites le mercredi des cendres. Une petite quantité d’huile d’olive, de colza ou de tournesol, un peu de beurre sur le pain ou pour la cuisson, restent compatibles avec la discipline actuelle. Les fromages et yaourts sont eux aussi autorisés, sous réserve de ne pas en faire l’élément central d’un repas trop riche. Ainsi, un gratin léger de pommes de terre au fromage peut convenir si la portion est modeste et si le reste de la journée reste sobre. Si vous sentez que les produits laitiers deviennent pour vous un « refuge » de compensation, les réduire volontairement ce jour-là peut être un vrai geste de liberté intérieure.
Boissons permises : eau, tisanes, café, thé et consommation modérée de boissons sucrées
L’hydratation ne rompt pas le jeûne au sens canonique. L’eau reste bien sûr la boisson de référence, seule ou avec une tranche de citron. Les tisanes, le thé et le café sont permis, même entre les repas, tant que vous ne les transformez pas en prétexte pour grignoter en continu. Quant aux boissons sucrées (jus de fruits industriels, sodas, chocolats chauds très riches), elles sont plutôt à réserver aux cas de besoin énergétique réel, surtout pour les personnes fragiles. Pour vivre un véritable jeûne sobre, une bonne pratique consiste à limiter volontairement le sucre ajouté, et à préférer l’eau plate ou gazeuse. Ce choix très simple donne à la journée un ton de sobriété cohérent avec sa dimension pénitentielle.
Aliments interdits ou déconseillés : viande, excès alimentaires et cas limites au mercredi des cendres
Même si le Code de droit canonique ne dresse pas une liste exhaustive de chaque aliment, la tradition de l’Église et la théologie morale ont précisé, au fil des siècles, certains repères utiles. L’abstinence de viande vise d’abord les aliments qui symbolisent le repas festif, copieux, souvent coûteux. Le jeûne, lui, cherche à limiter la quantité globale, mais aussi à éviter les repas de type festif ou mondain. Autrement dit, il ne s’agit pas seulement de s’interroger sur l’interdit strict, mais aussi sur l’opportunité spirituelle d’un plat. Une raclette familiale très abondante, même uniquement à base de fromage, risque par exemple d’aller à rebours de ce que signifie un « jour de cendres ».
Viandes explicitement exclues : bœuf, porc, volaille, charcuterie et plats préparés à base de viande
Le mercredi des cendres, la règle est claire : toutes les formes de bœuf, porc, agneau, mouton, cheval, volaille, gibier, ainsi que les préparations qui en contiennent, sont à proscrire. Cela inclut la charcuterie (jambon, saucisson, pâté, rillettes, lardons), les boulettes, les lasagnes à la viande, les pizzas garnies de jambon ou de chorizo, les burgers, mais aussi de nombreux plats industriels. Les statistiques d’achat montrent qu’en France, plus de 50 % des plats préparés contiennent au moins un ingrédient carné : la vigilance sur les étiquettes devient donc importante si vous mangez à l’extérieur ou à la cantine. Si un plat contient un simple bouillon de poule ou quelques dés de jambon, il tombe déjà, en principe, hors de l’abstinence.
Plats riches et festifs déconseillés : raclette, fondue savoyarde, cassoulet, foie gras et pâtisseries élaborées
Certains mets, même sans viande, restent peu compatibles avec l’esprit pénitentiel du mercredi des cendres. Un repas composé de raclette à volonté, de fondue savoyarde avec charcuterie pour les autres convives, de cassoulet ou de foie gras, même si vous-même évitez la viande, garde une dimension festive marquée. De même, de grands desserts sophistiqués (entremets, gâteaux à plusieurs étages, pâtisseries luxueuses) risquent de déplacer l’accent de la sobriété vers la recherche de plaisir. L’analogie la plus simple : ce jour se vit davantage dans le style d’un repas de semaine discret que d’un banquet de Noël. Si vous avez un événement familial ce jour-là, réduire les quantités, alléger les recettes et renoncer à certains raffinements culinaires permet de rester cohérent.
Cas des bouillons, sauces et gélatine animale : lecture des étiquettes et traçabilité des ingrédients
Les « cas limites » se trouvent souvent dans les bouillons, sauces et desserts. Les cubes de bouillon de bœuf ou de poule, les fonds de sauce à base d’os, les jus de viande utilisés pour lier une préparation sont normalement à éviter un jour d’abstinence stricte. De même, certaines gélatines animales présentes dans les entremets ou bonbons proviennent de porc ou de bœuf, ce qui trouble certains fidèles soucieux de cohérence. Sans tomber dans l’obsession, une lecture rapide des étiquettes peut vous aider à repérer ces ingrédients. Là encore, l’intention compte : si un peu de gélatine vous échappe sans que vous en ayez conscience, il n’y a pas faute délibérée ; en revanche, choisir sciemment un plat au jus de viande relève d’une entorse à la loi d’abstinence.
Consommation d’alcool : tolérance, mesure et cohérence avec l’esprit pénitentiel
Le droit canonique n’interdit pas formellement toute consommation d’alcool le mercredi des cendres, mais la cohérence spirituelle invite à une grande modération. Une étude récente montre qu’en France, la consommation moyenne de vin au repas a été divisée par deux en 40 ans, ce qui facilite naturellement une approche plus sobre. Dans un esprit de pénitence, beaucoup de chrétiens choisissent ce jour-là l’abstinence d’alcool, au moins pour les boissons fortement alcoolisées (apéritifs, digestifs, cocktails). Un verre de vin pris au cours d’un repas familial, sans excès, peut rester compatible avec la loi, mais renoncer volontairement à ce verre devient un geste symbolique fort, surtout si l’alcool tient une place importante dans vos habitudes sociales.
Organisation pratique du jeûne : planifier les repas du mercredi des cendres en famille ou en communauté
La réussite d’un jeûne dépend beaucoup de la préparation concrète. Arriver au mercredi des cendres sans avoir réfléchi à ce que vous allez manger mène souvent soit à un laisser-aller complet, soit à un jeûne improvisé, trop restrictif, vécu dans l’irritation. Les études de comportement alimentaire montrent que la planification des repas réduit de près de 30 % les grignotages et les écarts par rapport à un objectif donné. Pour un foyer, prévoir ensemble un menu simple, acheter à l’avance de quoi préparer une soupe, un plat maigre et quelques fruits, aide chacun à entrer dans la démarche avec plus de sérénité. Dans un contexte paroissial, annoncer un « bol de riz » ou une soupe partagée après la messe des Cendres donne aussi un cadre fraternel au jeûne.
Structurer la journée : petit-déjeuner léger, repas principal et collation du soir
Une manière classique d’organiser ce jour consiste à prendre un petit-déjeuner très léger (ou rien, pour ceux qui le peuvent), un repas principal en milieu de journée, puis une petite collation le soir. Par exemple : le matin, une boisson chaude et un fruit ; à midi, une assiette consistante de soupe de légumes et de lentilles avec un morceau de pain ; le soir, un yaourt nature ou une pomme. Cette structure respecte la logique d’un seul repas complet accompagnée de deux petites collations. Si votre emploi du temps professionnel impose un gros effort en fin de journée, il peut être pertinent d’inverser : collation le matin, repas principal le soir, collation légère à midi. L’essentiel est de planifier à l’avance la répartition.
Adapter les quantités pour les travailleurs, étudiants et personnes au rythme soutenu
Tout le monde ne vit pas le mercredi des cendres au même rythme. Un ouvrier du bâtiment, une infirmière de nuit ou un étudiant en période de partiels n’ont pas les mêmes besoins énergétiques qu’une personne en télétravail sédentaire. Dans des activités physiques intenses, une réduction trop forte de l’apport calorique peut entraîner baisse de vigilance, accidents ou erreurs professionnelles. Il est donc légitime d’augmenter un peu la portion de féculents ou de légumineuses lors du repas principal, tout en maintenant la simplicité et l’absence de viande. Pour vous, la bonne question n’est pas : « Suis-je héroïque ? », mais : « Suis-je vraiment dans la pénitence, sans nuire à mon devoir d’état ? ».
Préparer un menu type en france : exemple de repas simple avec soupe, poisson et fruits
Un exemple très concret de menu du mercredi des cendres pour une famille pourrait ressembler à ceci :
| Moment | Exemple de repas | Remarque spirituelle |
|---|---|---|
| Matin | Thé ou café, une tranche de pain complet ou un fruit | Commencer la journée dans la simplicité |
| Midi | Soupe de légumes, filet de colin au four, riz nature, pomme | Repas principal, sans viande, sans dessert élaboré |
| Soir | Bol de soupe réchauffée ou yaourt nature | Clore la journée dans la sobriété |
Ce type de menu reste très accessible, y compris pour un budget modeste. Il peut être adapté en version végétarienne en remplaçant le poisson par des lentilles ou des pois chiches. En vous préparant la veille, vous évitez le stress de dernière minute et pouvez davantage vous concentrer sur la prière et la participation à la liturgie des Cendres.
Repas communautaires et paroissiaux : soupes paroissiales, bol de riz et partage frugal
De nombreuses paroisses organisent le mercredi des cendres ou pendant le Carême des repas communautaires frugaux : bol de riz, soupe partagée, pain-pomme, souvent associés à une collecte au profit d’une œuvre caritative. Ce type d’initiative présente un double intérêt. D’une part, il simplifie votre propre organisation : pas besoin de chercher un restaurant « compatible » avec le jeûne, le cadre est donné. D’autre part, il manifeste concrètement que le jeûne n’est pas seulement individuel : il ouvre à la solidarité, à l’écoute et à la fraternité. Participer à un bol de riz et verser l’équivalent d’un repas normal à une association devient un geste très parlant, surtout si les enfants y sont associés.
Spécificités liturgiques et spirituelles du repas du mercredi des cendres : dimension pénitentielle et sobriété
Le repas du mercredi des cendres ne se comprend pleinement qu’en lien avec la liturgie de ce jour. La célébration de l’imposition des cendres, où il est rappelé à chacun « Souviens-toi que tu es poussière » ou « Convertissez-vous et croyez à l’Évangile », donne un ton particulier à la journée. La sobriété alimentaire n’est pas une fin en soi, mais un signe visible d’une conversion plus profonde. Plusieurs enquêtes récentes montrent que, dans les Églises qui ont conservé une pratique forte du jeûne de Carême, l’engagement dans la prière personnelle et la participation à la messe augmentent sensiblement pendant cette période. Le repas, même très simple, devient alors un prolongement de cette dynamique, presque comme une « liturgie domestique ».
Articulation entre célébration des cendres, jeûne eucharistique et moments de repas
Si vous participez à la messe du mercredi des cendres, la question du jeûne eucharistique (une heure avant la communion) se superpose parfois au jeûne alimentaire de la journée. La règle actuelle demande simplement de s’abstenir de nourriture et de boisson (sauf eau et médicaments) pendant 60 minutes avant la communion. Dans la pratique, beaucoup choisissent de placer leur repas principal après la messe, surtout si celle-ci est célébrée en fin de journée. Cette organisation renforce naturellement l’unité entre le jeûne, l’écoute de la Parole et la réception du sacrement. L’important est d’éviter de vivre la messe « entre deux bouchées », mais d’entrer, corps et âme, dans cette démarche de début de Carême.
Simplicité de table comme signe de conversion : limiter le superflu et l’esthétique culinaire
La sobriété recherchée le mercredi des cendres touche aussi la manière de mettre la table. Sans sombrer dans un rigorisme triste, il peut être significatif de limiter ce jour-là la vaisselle sophistiquée, les décorations, les plats multiples. Un service ordinaire, une table épurée, un menu écrit simplement sur un papier peuvent suffire. Certains foyers choisissent même de ne pas allumer la télévision ni la musique pendant le repas, pour marquer un climat plus recueilli. L’analogie est simple : comme une tenue sobre pour un temps de deuil ou de recueillement, la « tenue » de la table dit quelque chose de l’intérieur. Ce langage symbolique aide les enfants à comprendre, avec leurs yeux, qu’il se passe quelque chose d’important.
La valeur du jeûne ne se mesure pas à la quantité de nourriture supprimée, mais à la qualité du cœur qui se laisse convertir.
Intégrer la prière au repas : bénédiction, lecture de l’évangile de matthieu 6,16-18 et silence
Le mercredi des cendres, le repas se prête particulièrement bien à une forme de prière familiale ou personnelle. Avant de manger, prendre le temps de retrouver la bénédiction des repas, voire d’ajouter une courte lecture biblique, donne à ce moment une épaisseur différente. Le passage de Matthieu 6,16-18, où Jésus parle du jeûne vécu « dans le secret », est particulièrement adapté. Un bref temps de silence avant de commencer à manger permet aussi de se rappeler pour qui et pourquoi ce renoncement est vécu. Si vous êtes seul, un carnet de prière ou une courte méditation peuvent remplir la même fonction spirituelle.
Solidarité et partage : associer le repas frugal à un geste de charité ou de don
La tradition chrétienne associe toujours le jeûne à l’aumône. Un repas allégé économise quelques euros ; ces économies peuvent être volontairement mises de côté pour soutenir une personne ou une œuvre. Plusieurs études de terrain montrent que, lorsque des communautés paroissiales organisent un « bol de riz » hebdomadaire pendant le Carême, les montants reversés à des projets solidaires augmentent significativement, parfois de 20 à 30 %. Associer votre repas simple du mercredi des cendres à un geste très concret de partage – un virement, une enveloppe glissée dans un tronc, une aide directe à un voisin en difficulté – donne à ce jour une portée bien plus large que votre seule assiette.
Le jeûne qui ne s’ouvre pas aux autres et à leurs besoins reste inachevé, comme une prière sans écoute ni mise en pratique.
Questions fréquentes sur ce qui est permis : cas particuliers et réponses d’experts en pastorale liturgique
Malgré ces repères, beaucoup de questions pratiques demeurent : comment gérer la restauration collective, que faire en cas de traitement médical, comment discerner dans une offre de restauration rapide foisonnante ? Les réponses données par les théologiens moralistes et les experts en pastorale liturgique convergent souvent vers un principe simple : respecter la loi de l’Église autant que possible, et, là où ce n’est pas faisable, choisir un geste de pénitence équivalent, avec un esprit droit. Loin d’être un système de pièges, la discipline du mercredi des cendres cherche à accompagner chaque situation concrète. Les statistiques pastorales récentes indiquent d’ailleurs que les communautés qui prennent le temps de former leurs fidèles sur ces questions voient une meilleure observance, mais aussi une plus grande paix intérieure.
Mercredi des cendres et contraintes professionnelles : restauration collective, cantine scolaire et voyages
Dans les cantines ou restaurants d’entreprise, il n’est pas toujours possible de composer un menu idéal. Toutefois, la plupart des selfs proposent aujourd’hui une alternative sans viande (plat de poisson, assiette de crudités, œufs, salade composée). Si aucune option ne respecte l’abstinence, il reste possible de se contenter d’un accompagnement (légumes, féculents) et d’un dessert simple, puis de compléter par un en-cas maigre le soir. En voyage, un sandwich au thon, une salade sans jambon, une part de pizza végétarienne peuvent constituer des solutions réalistes. L’enjeu, pour vous, est de ne pas chercher la facilité de la viande par simple confort, mais de poser un choix réfléchi, même si le résultat n’est pas parfait.
Règles pour les sportifs, diabétiques et personnes sous traitement médical
Les situations médicales particulières demandent une grande prudence. Un diabétique soumis à un traitement précis ne peut pas réduire drastiquement ses apports sans adapter ses doses d’insuline, ce qui impose souvent de maintenir plusieurs collations dans la journée. De même, certains médicaments doivent être pris avec nourriture. Dans ces cas, la plupart des pasteurs invitent à vivre le mercredi des cendres dans un autre registre : renoncement à certains plaisirs (sucre, écrans, alcool), prière plus soutenue, geste de charité. Un sportif de haut niveau en période de compétition, soumis à un programme millimétré, peut aussi bénéficier d’un aménagement. La loi de l’Église l’énonce clairement : lorsqu’une pratique met gravement en danger la santé, l’obligation cesse.
Produits transformés et restauration rapide : pizzas sans viande, sushis, sandwichs au thon et salades composées
Le développement de la restauration rapide a créé de nouvelles questions : un menu de fast-food sans viande mais très riche est-il compatible avec l’esprit du mercredi des cendres ? Techniquement, une pizza aux légumes, des sushis au concombre ou au saumon, un sandwich au thon, une salade de pâtes sans jambon respectent l’abstinence de viande. Mais le risque est de transformer le jeûne en « jour de junk food ». Pour rester dans une dynamique de repas frugal, certaines options sont préférables : petite pizza végétarienne plutôt que format XXL, salade composée simple plutôt que menu avec boisson sucrée et dessert, sushis accompagnés d’eau plutôt que de boissons énergétiques. Là encore, le choix de la simplicité est un bon guide.
Différences avec le reste du carême : comparaison avec les vendredis de carême et le triduum pascal
Enfin, il est utile de situer le mercredi des cendres dans l’ensemble du Carême. Ce jour, avec le Vendredi saint, reste l’un des deux grands jours de jeûne et abstinence obligatoires pour l’Église latine. Les autres vendredis de Carême sont marqués par l’abstinence de viande, mais pas nécessairement par le jeûne au sens strict. Le Triduum pascal, surtout le Vendredi saint, garde une tonalité encore plus grave, souvent vécue avec un jeûne renforcé, parfois étendu au Samedi saint selon les traditions locales. Comprendre cette hiérarchie liturgique aide à calibrer vos efforts : le mercredi des cendres n’est pas un jour ordinaire, mais il n’est pas non plus un absolu isolé ; il ouvre un chemin de quarante jours où prière, jeûne et charité sont appelés à se répondre.
Entrer dans le Carême par un mercredi des cendres bien vécu, jusque dans l’assiette, revient à accorder au bon ton un instrument que l’on s’apprête à jouer longtemps.